Lettre du mardi 30 Juin 1942 du journal libre d’Anne Frank

Cher journal,

Je n’ai pas trouvé de temps pour t’écrire. J’étais le jeudi après-midi chez des copains. Le vendredi c’était l’inverse, on a eu de la visite, et vice versa depuis vendredi jusqu’à maintenant. Cette semaine, j’ai pu faire plus ample connaissance avec Hello, j’en ai beaucoup plus appris sur lui. Il était de Gelsenkirchen et est venu seul vivre en Hollande chez ses grands-parents car ses parents ont fui en Belgique et il ne peut plus les rejoindre à cause des restrictions sur les transports. Sa copine se nomme Ursul, c’est une de mes connaisances, et elle est le parfait exemple de la mollesse et de la monotonie. Depuis qu’on se fréquente, il l’a trouve soporifique, je dois être un bon médicament contre la somnolence. On ne s’imagine jamais toutes nos qualités. Je n’avais rien à faire samedi après-midi, je me suis tellement ennuyé, mais Jaque est venu dormir dans ma maison en soirée. Elle avait passé son après-midi avec Hanneli

 

Hello a téléphoné cet après-midi alors qu’il devait passer me voir ce soir. Au début il ne m’a pas reconnu au téléphone, puis il m’a demandé comment j’allais. Il tenait à me dire que malheuresement il ne pourrait pas être là ce soir, mais comme il voulait absolument me parler, il voulait passer me voir pour discuter juste après avoir raccroché. Il en avait pour une dizaine de minutes de marche.

Je raccroche en vitesse, je me change tout aussi vite, j’en profite aussi pour me recoiffer un peu mieux. Ne pouvant plus attendre, je me penche par la fenêtre pour regarder et je le vois arriver. Je ne te mens pas mais je n’ai pas descendu les escaliers d’un coup, au contraire je suis restée calme jusqu’à ce que j’entende la sonnette. Je suis descendue de suite et il m’a raconté pourquoi il voulait me voir.

« ma chère Anne, ma grand-mère ne veut plus que je te fréquente car elle te trouve trop jeune pour moi, elle m’a dit d’aller chez les Löwenbach pour voir Ursul, mais comme tu le sais sans doute je ne sors plus avec elle

— Ah bon, vous êtes en froid ?

— Pas vraiment mais je lui ai dit qu’au final nous ne nous entendions pas si bien que cela et que c’était plus raisonnable d’arrêter de sortir ensemble, mais qu’elle était toujours la bienvenue chez moi et que j’espérais que cela soit réciproque aussi. A l’origine, je pensait qu’elle draguait un autre gars et j’ai réagis en fonction de ça. Apparemment je me suis trompé et mon oncle tient à ce que j’aille me faire pardonner, mais j’ai préféré la quitter pour d’autres raisons aussi. Donc ma grand-mère veut que je me rende chez Ursul au lieu d’ici, mais je suis contre et je ne veux pas y aller, les anciens sont parfois conservateurs, mais je ne veux pas leur obéir. J’ai besoin de mes grands-parents et la réciproque est vraie aussi. Mes grands-parents pensent que je vais à mon atelier de gravure sur bois donc je suis libre le mercredi soir. En réalité je me rends à un groupe de sioniste qui m’est normalement interdit car mes grands-parents détestent le sionisme . De mon côté, je ne suis pas un grand fan mais je les soutiens et j’aime m’y intéresser. Depuis quelques temps, ils font n’importe quoi alors j’ai pris la décision d’arrêter donc je m’y rendrais pour la dernière fois mercredi prochain. Après mercredi prochain, je serai disponible le mercredi soir, le samedi après-midi et le soir, le dimanche après-midi , et de la même manière pour les semaines suivantes.

— Tes grands-parents ne veulent pas qu’on se voit, tu ne vas quand même pas leur mentir à notre propos ?

— C’est l’amour qui décide. »

Quand nous passions devant la librairie Blankevoort, nous avons croisé Peter Schiff avec deux amis à lui ; on s’est dit bonjour, chose qui ne s’était pas produite depuis un certain temps et ça m’a rendu heureuse.

Porte-toi bien

Anne Frank

Lettre du Mercredi 24 Juin 1942 du journal libre d’Anne Frank

Cher journal,

La chaleur est vraiment trop forte, étouffante et brûlante, en plus je suis contrainte de me déplacer en marchant à cause des lois antijuives. C’est dans ce moment là que je me dis que le tram me manque, mais on est forcé nous les juifs, de marcher. Pendant la pause du déjeuner hier, j’ai marché jusqu’au dentiste dans la Jan Luykenstraat qui est très loin de la Stadstimmertuinen où il y a mon collège. L’après-midi a été très difficile avec toute cette marche et j’ai même failli m’endormir en classe.

La secrétaire médicale était gentille, car elle m’a offert à boire car j’avais trop chaud, sans même que j’ai eu à le réclamer. Le bateau est le dernier moyen de transport autre que nos pieds qu’on ait le droit d’utiliser, sur le quai Jozef Israëls, le conducteur du bateau nous a embourquer rapidement sans faire d’histoire. C’est vraiment que la faute aux nazis et pas celles des hollandais tout le mal qui nous arrive.

Je voudrais ne plus aller à l’école à pieds : mon vélo a disparu vers Pâques et mon père a donné le vélo de ma mère à des chrétiens, qui eux ont le droit d’en avoir. Dans une semaine cette galère de transport sera terminée car ça sera enfin les vacances.

Hier matin j’ai fait une agréable rencontre, on m’a appelé lorsque je passais près de la remise à vélos. Surprise, je me suis retournée et j’ai reconnu un joli garçon que j’avais déjà vu chez Wilma qui est une fille gentille. Ce garçon est un cousin de Wilma. Wilma est une bonne amie mais ces derniers temps elle me saoule un peu car elle ne parles plus que des garçons.

Quand je l’ai vu, il est venu vers moi et m’a dit son nom timidement : « Hello Silberberg. » J’étais surprise qu’il vienne me parler au début, il voulait tout simplement m’accompagner au collège vu qu’on s’est croisé sur le chemin. Je lui ai répondu : « On va du même côté alors pas de souci pour y aller ensemble ». Il est plus agé de 4 ans que moi mais il a toujours des histoires passionnantes à me dire. Il m’attendait encore ce matin et je suis persuadée qu’il va continuer à m’attendre pour faire le trajet en ma compagnie.

Porte toi bien.

Anne Frank

Lettre du dimanche 21 Juin 1942 du journal d’Anne Frank libre

Cher journal

A cause de l’arrivée très prochaine de notre conseil de classe de fin d’année, toute ma classe de sixième tremble de peur. Une bonne partie de la classe lance des paris sur ceux qui vont passer ou redoubler. Par exemple, C. N. et Jacques Kokernoot qui sont les deux garçons assis derrière nous nous font mourir de rire, G. Z. et moi, car ils ont parié ensemble tout leur argent des vacances. « Toi, tu passes », « Toi tu passes pas », « Oui » « Non » « Oui » « Non » toute la journée ; ni mes demandes pressantes et ni les regards insistants de G. pour obtenir le silence ne les ont arrêtés. Il y a tellement de boulet dans la classe que je pense qu’un quart va être recalé mais les professeurs sont tellement imprévisibles qu’on pourrait bien avoir une surprise dans le bon sens cette fois. Je ne suis pas inquiètes pour mes copines et moi car je sais que ça ira bien, seuls les mathématiques peuvent me poser problème. On verra bien de toute façon, alors on se serre les coudes en patientant.

J’ai des bonnes relations avec mes neufs professeurs dont deux femmes et sept hommes. M. Keesing est notre vieux professeur de mathématique, il était très en colère contre moi à une certaine période à cause de mes bavardages intempestifs et après maintes remontrances, ce petit prof m’a puni. J’ai dû faire une dissertation sur le thème d’ «une pipelette. » Que vais-je réussir à écrire sur le thème de la pipelette ? Je ne sais pas du tout mais après avoir noté la punition dans mon cahier de texte que j’ai rangé dans mon cartable, je me suis tenue à carreau. A la maison, j’ai terminé mes devoirs et j’ai réfléchi au thème de la dissertation en mâchouillant le bout de mon stylo. Je voudrais vraiment trouver une preuve irréfutable sur le bénéfice du bavardage car raconter des bêtises juste pour en écrire le plus possible, c’est vraiment trop commun. J’ai réfléchi longtemps… Puis j’ai eu une idée et j’ai rempli les trois pages demandées avec cette idée. Je suis fière de mon idée. Mon idée, c’était que le bavardage fait partie de la nature féminine et que je ne pourrais pas me séparer de ce défaut, surtout qu’en plus ma mère était très bavarde comme moi, donc que le bavardage était aussi héréditaire pour moi. J’ai quand même écrit que je ferai ce que je peux pour le limiter.

M. Keesing a bien aimé ma dissertation et mes arguments mais quand je me suis remise à discuter le cours d’après, j’ai été punie pour la deuxième fois. Le nouveau sujet de la punition est devenue : « Une pipelette incurable » J’ai encore rendu cette seconde punition et cette fois-ci pendant deux cours de M. Keesing j’ai été sage. Le cours suivant, j’ai de nouveau été punie pour la troisième fois. « Anne Frank, comme nouvelle punition pour votre bavardage, voici le thème de votre nouvelle dissertation : « Coin, coin, coin » » Toute la classe s’est moquée de moi. Mon inventivité sur le sujet du bavardage commençait à s’essouffler. Je voulais trouver une autre idée qui soit encore plus originale. Mon amie Sanne qui est douée en poésie m’aida et on a rédigé en vers la dissertation du début jusqu’à la fin. Je triomphais car M. Keesing m’avait donner ce thème pour se moquer de moi et grâce à notre dissertation qui était bien trouvée, son plan allait se retourner contre lui. Ma dissertation parlait d’une famille canard et de leurs trois canetons que le père tua en les mordant car ils étaient trop bruyant avec leurs coin-coin intempestifs. J’ai eu de la chance car M. Keesing a bien pris la plaisanterie, il a lu ma dissertation pendant le cours en y rajoutant ses propres commentaires et il l’a même lu à d’autres classes. Grâce à ma troisième dissertation je peux parler en cours sans me faire punir, M. Keesing me reprend désormais avec le sourire.

Porte toi bien,

Anne Frank

Lettre du samedi 20 Juin 1942 du journal libre d’Anne Frank bis

Cher journal,

Je commence tout de suite car suis paisible parce que mes parents sont sortis et ma sœur est allée chez des copains et des copines pour jouer au tennis de table..Moi aussi, j’aime et je joue beaucoup au tennis de table depuis quelques mois, nous avons même fondé un club de cinq filles qui s’appelle « La Petite Ourse moins deux ». C’est un nom improbable mais on l’a trouvé à cause d’une confusion. On voulait trouver un nom très original et on a pensé aux étoiles, principalement à la Petite Ourse. On pensait que la Petite Ourse était composée de cinq étoiles comme notre groupe, mais on a fait une erreur car elle en a sept, la Grande Ourse aussi d’ailleurs. D’où le « moins deux » pour faire cinq. Puisque les cinq membres de notre club aiment les glaces, encore plus en été, et que le sport ça donne chaud, nos parties se finissent la plus part du temps par une visite chez les deux glaciers les plus proches qui acceptent les juifs : l’Oasis ou le Delphes. On n’emporte même pas d’argent ou de porte-monnaie avec nous; à l’Oasis par exemple, il y a tellement de monde qu’on trouve tout le temps quelques personnes généreuses que l’on connaît ou un nouvel admirateur pour nous acheter plus de glaces qu’on pourrait en manger pendant plus d’une semaine au moins.

Tu seras sûrement étonnée que je te parle d’admirateurs, malgré mon jeune âge. Heureusement, ou pas du tout aussi, avoir une foule d’admirateur est inévitable à notre école. Dès qu’un jeune homme de mon école me demande s’il peut me raccompagner chez moi en vélo et qu’on commence à discuter, je suis sûre que neuf fois sur dix, il aura l’agaçante tendance à tomber amoureux de moi et de ne plus me quitter du regard. Après un moment ses sentiments finiront par diminuer car je m’en moque pas mal et je continue mon chemin de bon cœur. S’ils essaient de me draguer, je fais un peu tanguer mon vélo pour que mon cartable tombe et que le garçon par galanterie descende de son vélo pour me le rendre, mais le temps qu’il me redonne mon cartable j’ai pu lancer une autre discussion. Là je te parle que des plus calmes, car d’autres vont essayer de m’embrasser ou de me prendre le bras ou la main mais avec moi ils font une grosse erreur, soit je m’arrête et je refuse qu’ils restent avec moi, soit je fais comme si j’étais choquée et offusquée et je leur dit clairement qu’ils n’ont plus qu’à aller voir ailleurs.

Avec cette lettre, j’ai consolidé les bases de notre future solide amitié, à bientôt.

Porte toi bien.

Anne Frank

Lettre du Samedi 20 Juin 1942 du journal libre d’Anne Frank

Pour quelqu’un comme moi, ça fait une sensation byzarre d’écrire un journal intime. C’est la première fois que j’écris et je pense que plus tard je ne m’intéresserai plus à mes confidences lorsque j’étais une écolière de treize ans, ni personne d’ailleurs. Mais pour être franche, ce n’est pas important car j’ai une très grande envie d’écrire et pouvoir te dire vraiment ce que j’ai sur le cœur une bonne fois pour toutes à propos de ma vie en générale. Le papier a plus de patience que les humains : j’ai pensé naturellement à ce dicton un jour mélancolique où je m’ennuyais, j’avais la tête dans mes mains et je me demandais avec nonchalance s’il fallait sortir ou rester à la maison, finalement j’étais restée plantée là à me morfondre toute seule. Mon dicton est juste, le papier a de la patience et comme je n’ai pas l’intention de faire lire à quelqu’un mon cahier cartonné au titre ambitieux de « Journal », à moins de rencontrer enfin un ami ou une amie cette fois-ci avec un grand A, assurément personne n’y trouvera quelques choses à re-dire.

Pourquoi ai-je eu cette idée d’écrire ce journal ? Parce que je n’ai pas d’amie.

Je vais te donner plus d’explications pour être plus claire car personne ne comprendrait qu’une fille de treize ans se retrouve isolée et seule, ce n’est pas vrai non plus : j’ai des parents merveilleux et une sœur qui a trois ans de plus que moi, en ayant bien compté j’ai au moins trente camarades et amies, comme on dit, j’ai une meute de prétendants, qui me contemplent sans arrêt et même qui essaient de me voir dans un miroir de poche s’ils ne me voient pas directement. J’ai ma maison et ma lignée. Quand je regarde de plus prêt, je ne manque de rien, sauf d’une vraie amitié sincère. Avec mes copines de la classe, je ne fais que m’amuser, je n’arrive jamais à aller plus loin ou à parler d’autre chose que des histoires banales sans importance, voilà où ça bloque. C’est peut-être à cause de moi, je ne sais pas, en tout cas ce manque d’intimité existe et malencontreusement, je ne peux rien y changer. D’où cette idée de tenir ce journal. Pour renforcer encore plus dans mon imagination l’idée d’avoir une amie bienveillante à mes côtés, je ne souhaite pas juste parler de ma vie dans ce journal comme le ferait tout le monde mais je veux transformer mon journal cette amie là. Elle s’appellera Kitty.

Mince mon histoire, j’ai oublié de te la raconter.

Kitty ne comprendra rien à ce que je lui raconte si je commence directement à lui parler de ma vie actuelle, il faut donc que j’arrive à résumer l’histoire de ma vie, même si ce n’est pas simple.

Mon papa, le meilleurs des petits papas de la terre, s’est marrié avec ma maman à 36 ans. Ma maman elle en avait 25. Margot est ma sœur et elle est née en 1926, à Francfort-sur-le-Main en Allemagne. Quant à moi je suis née le 12 juin 1929.

On a vécu à Francfort jusqu’à mes 4 ans.

Comme nous sommes juifs sur des générations, mon père a émigré en Hollande en 1933, il a trouvé un bon travail en tant que directeur d’Opekta, qui est une société hollandaise spécialisée dans la fabrication de confitures. Ma maman qui s’appelle Edith Frank-Holländer est venue le rejoindre en septembre. Ma sœur et moi avons habité en attendant chez notre grand-mère à Aix-la-Chapelle. Ma sœur a déménagé en Hollande en décembre et je suis arrivée en février : on m’a installée sur la table au milieu des cadeaux d’anniversaire de Margot.

Une fois installée, je suis entrée en sixième à la maternelle de l’école Montessori. J’y suis restée jusqu’à mes six ans, après je suis passée au cours préparatoire. En deuxième année de cours moyen, j’étais dans la classe de Mme Kuperus, la directrice, les adieux de fin d’année scolaire ont été très émouvant et nous avons pleuré ensemble car j’ai été admise au lycée juif , où va aussi ma sœur.

Nous avons connu les difficultés que tu imagines, puisque les lois contre les juifs d’Hitler n’ont pas épargné les membres de notre famille qui étaient restés sur place, en Allemagne. En 1938, suite aux pogroms, mes deux oncles, du côté de ma mère, se sont enfuis et se sont exilés sains et saufs en Amérique du Nord. Ma grand-mère qui avait 73 ans est venue s’installer dans notre maison.

En mai 1940, c’en était fini du bon temps et ça a commencé à se gâter pour nous les juifs, d’abord la guerre, puis la défaite, l’arrivée des nazis en Hollande, et notre malheur a commencé. Les lois contre les juifs se sont enchaînée sans cesse et notre liberté disparut peu à peu. Le port de l’étoile jaune juive est obligatoire, les juifs ne peuvent plus avoir de bicyclette, les autobus sont interdits aux juifs comme les trams d’ailleurs, les juifs n’ont plus le droit de conduire, les juifs sont autorisé dans les magasins que de 3 à 5 heures, seul un coiffeur juif peut coiffer ou couper les cheveux des autres juifs ; il y a un couvre feu pour les juifs à partir de 20 heures jusqu’à 6 heures du matin que ce soit pour être dans la rue ou même chez des amis ou dans son propre jardin ; tous les sports comme par exemple le tennis, le hockey, la piscine, l’aviron sont devenus interdits pour nous, pareil pour tous les lieux festifs comme les cinémas, les théâtres par exemple. Les juifs ne peuvent plus entrer chez des chrétiens ; et doivent rester entre eux c’est pour ça que les enfants juifs comme moi ne peuvent plus fréquenter que des écoles juives, etc. Je t’ai décris notre vie désormais et on ne peut vraiment plus faire grand chose. Comme Jacque dit : « On ne peut plus rien faire, tout est interdit. »

Durant l’été 1941, grand-mère est tombée tellement malade qu’on a été obligé de l’opérer, on a donc délaisser mon anniversaire. Maintenant que j’y repense on avait oublier mon anniversaire aussi durant l’été 1940 car on venait de capituler. Malheureusement, Grand-mère est quand même morte en ce début d’année. Personne ne sait à quel point elle me manque et comme je l’aime toujours. Cette année, on a bien fêté mon anniversaire cette fois-ci et pour l’occasion on a mis une petite bougie allumée pour représenter grand-mère près de nous.

Aujourd’hui, ça va pour notre famille et je suis arrivée finalement à la date de l’inauguration solennelle de mon journal, le samedi 20 juin 1942.

Anne Frank

Lettre du lundi 15 Juin 1942 du journal d’Anne Frank libre

J’ai eu le droit à avoir ma fête d’anniversaire le dimanche après midi. Mes camarades de classe ont bien aimé Rin-tin-tin. J’ai eu deux broches, un marque-page et deux livres. En plus de ces cadeaux, mes tantes m’en ont offerts encore d’autres : Hélène un puzzle, Stéphanie une broche mignone, Leny le livre Daisy à la montagne qui est génial.

Des filles de mon club m’ont offert un superbe livre : les Contes et légendes des Pays-Bas. Malheureusement elles se sont trompées et ont pris le tome II au lieu du I ;j’ai donx échangé deux livres pour avoir le tome I.

En prenant mon bain ce matin, je réfléchissais sur le fait que j’aimerais bien avoir un chien comme Rin-tin-tin. Je l’appellerais pareil d’ailleurs et je le laisserais toujours chez le concierge de l’école ou dans le garage à vélos s’il fait beau..

Je vais commencer à parler un peu des élèves de ma classe et de mon école.

 

Betty Bloemendaal fait et est un peu pauvre il me semble. D’un tempérament tranquille, elle est très bonne en classe car elle travaille beaucoup, mais elle commence déjà à avoir un peu de mal.

Jacqueline Van Maarsen passe pour être ma meilleure amie, mais je n’ai encore jamais eu vraiment de meilleure amie. A l’origine ça devait être Jacque, mais elle m’a drôlement déçue finalement.

Q. est une fille très nerveuse et tête en l’air qui est punie en plus sans arrêt. Elle s’entend bien avec G. Z.

S. est tellement bavarde qu’elle n’est même plus marrante. Pire encore, quand elle a quelques choses à te demander, elle va te tripoter les cheveux ou les boutons de tes vêtements.

On dit que E. ne m’apprécie pas, mais cela ne me gêne pas le moins du monde puisque que c’est réciproque.

Henny Mets est une fille drôle et gentille, sauf qu’elle parle très fort et qu’elle fait des âneries quand elle elle joue dehors C’est bien dommage qu’elle ait pour amie une certaine Beppy, qui est une mauvaise fréquentation car elle dit des choses écœurantes et malsaines.

Sur J. R., il y aurait des tonnes à dire. J. est une fille crâneuse, qui dit du mal des autres dans leurs dos, désagréable, elle joue les grandes personnes, elle est hypocrite et cache bien son jeu. Elle a complètement manipulé Jacque et c’est bien dommage d’ailleurs. Elle pleure pour si peu, elle pinaille et fait tout un cinéma pour rien. Elle veut sans arrêt avoir le dernier mot. Elle est riche et a donc une armoire remplie de robes vraiment bien, mais qui font beaucoup trop dame. Mademoiselle se croit très belle, mais je trouve que c’est l’inverse J. et moi, on ne peut pas se voir.

Ilse Wagner est une fille marrante et sympa, mais elle chipote pour un rien et se plains inlassablement, Ilse m’aime bien, elle est paresseuse mais ça ne l’empêche pas d’être bonne en classe.

Hanneli Goslar ou de son petit nom Lies, est une fille bizarre et généralement timide, par contre chez elle, elle devient virulente. En plus elle rapine tout à sa mère. C’est une fille franche, ces derniers temps, je m’entends très bien avec elle.

Nannie Van Praag-Sigaar est une petite fille drôle, en avance pour son âge, plutôt gentille. Elle a d’assez bons résultats. Je n’en ai pas plus à dire sur elle.

Je trouve Eefje de Jong géniale, même si elle n’a que douze ans, c’est une vraie dame. Elle me materne et est aussi très serviable donc je m’entends bien avec elle.

G. Z. est la plus jolie fille de la classe grâce à son joli visage, mais elle n’a pas de bonnes notes et je crois qu’elle va redoubler, mais je garde tout ça pour moi.

Je suis surprise que G. n’a pas redoublé.

Moi, je suis la dernière des douze filles, assise à côté de G. Z.

En ce qui concerne les garçons, je suis mitigée, il y en aurrait beaucoup et peu à dire à la fois.

Maurice Coster m’admire comme beaucoup d’autres, mais c’est un garçon collant.

Sallie Springer raconte des histoires plutôt sales et il se dit qu’il a déjà couché avec une fille de la classe. Cela ne n’empêche pas de le trouver super car au final c’est quelqu’un de très drôle.

Emiel Bonewit est amoureux de G. Z., mais G. s’en fiche. Il est casse-bonbon, comme Maurice Coster.

Robert Cohen est aussi un de mes admirateurs, mais ce n’est pas mon cas car, il est hypocrite, menteur, pleurnicheur, ridicule, saoulant, et il s’imagine plein de choses.

Max Van de Velde est un raté qui vient de Medemblik, mais il irait bien à ma sœur Margot.

Herman Koopman, encore un, est dégoûtant, comme son copain Jopie de Beer qui passe son temps à courir après les filles.

Léo Blom est très proche et le meilleur ami de Jopie de Beer donc il est contaminé par leurs saletés.

Albert de Mesquita est un garçon intélligent car il a sauté une classe. Il vient d’une classe de sixième de l’école Montessori.

Léo Slager vient de la même école mais il n’est pas aussi intéligent.

Ru Stoppelmon est un petit comique qui vient d’Almelo et qui est arrivé en cours d’année.

Jacques Kocernoot est assis derrière nous avec Pim et me fait beaucoup rire avec G.

Harry Schaap est le plus présentable des garçons de la classe, il est plutôt gentil en plus.

Pareil pourWerner Joseph mais il est plutôt timide et donne parfois l’impression d’être ennuyeux.

Sam Salomon est un sale gosse et c’est encore un de mes admirateurs.

Appie Riem est un garçon sans rien de spécial a part que c’est un sale gosse lui aussi.

Aller j’arrête pour aujourd’hui, j’ai tellement d’idée à t’écrire, à te raconter, à très bientôt, je suis contente que tu sois là.

Anne Frank

Lettre du Dimanche 14 Juin 1942 du journal Anne Frank libre

Tout a commencé vendredi quand je t’ai reçu, ou plutôt quand tu étais sur la table avec mes autres cadeaux d’anniversaire. Le fait que j’étais présente quand on t’a acheté ne compte pas.

Ce vendredi, j’étais déjà réveillée à six heures du matin, et c’est normal puisqu’on était le 12 Juin : mon anniversaire.

Bien sûr à six heures, je n’avais pas encore le droit de me lever, j’ai donc été obligée de retenir ma curiosité le plus longtemps possible. Mais à sept heures moins le quart, j’étais à bout et je me suis levée pour aller dans la salle à manger, où le chat qui s’appelle Moortje m’a accueillit en me souhaitant une bonne journée en se frottant la tête sur moi. J’ai réussi à attendre en bas jusqu’à un petit peu plus que sept heures puis je suis allée voir Mère et Père. Une fois après avoir discuter avec mes parents je suis revenue dans le salon pour déballer mes cadeaux : c’est toi que j’ai vu en premier, sûrement un de mes plus beaux cadeaux. J’ai eu aussi comme autres cadeaux d’anniversaire un bouquet de roses, une plante plutôt petite, deux branches de pivoines. Mes parents m’ont donné en plus un joli chemisier bleu, un jeu de société sympas, une bouteille de jus de raisin, qui, à mon humble avis, a un petit goût de vin car on fabrique du vin à partir de raisins, ainsi qu’un grand puzzle, de la pommade, un billet de deux florins et demi et un bon pour avoir deux livres de mon choix, un livre, la « Caméra obscura », comme Margot l’a déjà je l’ai fait échanger contre un autre, un plat de petits gâteaux faits maison que j’ai cuisinés moi même parce qu’en ce moment j’adore en préparer, plein de bonbons, une tarte aux fraises faite par Mère cette fois-ci et pour finir une lettre de ma mamie qui est arrivée par chance juste à temps.

Puis Hanneli est venue me rejoindre pour aller à l’école ensemble. J’ai profité de la récréation pour offrir des galettes au beurre aux élèves ainsi qu’aux professeurs. Il a fallu ensuite retourner travailler.

Malgré le fait que je n’ai pas le droit d’aller en cours de sport car j’ai un problème au niveau de mes bras et mes jambes, j’y suis allée quand même. Comme c’était mon anniversaire, j’ai pu choisir la discipline, on a donc tous joué au volley ball. Je suis rentrée à la maison à cinq heures après le sport. Sanne Ledermann m’attendait déjà à la maison et j’avais ramené avec moi Ilse Wagner, Hanneli Goslar et Jacqueline Van Maarsen car elles sont dans ma classe. Avant, Hanneli et Sanne étaient mes deux meilleures amies, on nous voyait tout le temps ensemble et les gens disaient toujours voilà Anne, Hanne et Sanne car ça rimait. Je n’ai connu Jacqueline Van Maarsen que depuis que je suis au lycée juif mais maintenant elle est aussi ma meilleure amie. Ilse est la meilleure amie de Hanneli, et Sanne est dans une autre école, où elle a aussi des autres amies.

Anne Frank